Partie espagnole (Ruy Lopez) (C60–C99)
Le fou en b5 attaque le défenseur du pion e5 plutôt que le pion lui-même. Cette pression indirecte structure toute la partie : les blancs gardent la tension, manœuvrent patiemment (le fameux Cb1-d2-f1-g3) et étouffent progressivement l'aile roi noire. C'est l'ouverture préférée de presque tous les champions du monde, de Steinitz à Carlsen. Elle demande de la patience : les plans y comptent plus que les coups.
Les idées de l'ouverture
- La pression sur c6, pas sur e5 — 3.Fb5 n'attaque pas vraiment e5 (3...Cxe5?? 4.Dxe5 perd un cavalier après ...Dxe5). Mais la menace de Fxc6 pèse en permanence sur la structure noire.
- La manœuvre du cavalier de dame — Cb1-d2-f1-g3 (ou e3) est le plan blanc canonique : le cavalier rejoint l'aile roi sans rien déranger.
- Le fou b5-a4-b3-c2 : la diagonale rêvée — Le fou recule en c2 pour viser h7 et soutenir la poussée d4. Beaucoup d'attaques espagnoles se terminent par une batterie dame + fou sur cette diagonale.
- La structure après Fxc6 — Dans la variante d'échange, les noirs prennent avec le pion d et obtiennent la paire de fous, mais des pions doublés : la finale favorise les blancs, le milieu de partie les noirs.
Les plans
Pour les blancs
- Fermer le centre avec d4-d5 et attaquer à l'aile roi avec les cavaliers et f4.
- Maintenir la tension centrale et manœuvrer : la position noire est solide mais passive.
- Dans l'échange, aller vers la finale : la majorité de pions blancs à l'aile roi est saine.
Pour les noirs
- Jouer ...b5 et ...Ca5 pour chasser le fou et gagner de l'espace à l'aile dame.
- Préparer ...d5 (défense ouverte, Marshall) pour libérer la position d'un coup.
- Dans la Berlinoise, échanger les dames tôt et compter sur la paire de fous en finale.
Erreurs fréquentes
- Croire que 4.Fxc6 gagne un pion : après 4...dxc6 5.Cxe5 Dd4! les noirs récupèrent tout.
- Côté noirs, jouer ...b5 et ...Ca5 sans avoir roqué : l'aile roi reste sans défenseurs.
- Relâcher trop tôt la tension centrale et laisser les blancs jouer d4-d5 dans de bonnes conditions.
Les variantes
Espagnole fermée (Tchigorine)
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 a6 4.Fa4 Cf6 5.O-O Fe7 6.Te1 b5 7.Fb3 d6 8.c3 O-O 9.h3 Ca5 10.Fc2 c5 11.d4 Dc7
La grande ligne classique : les deux camps manœuvrent pendant quinze coups avant que ça n'explose.
Défense berlinoise (le « mur »)
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 Cf6 4.O-O Cxe4 5.d4 Cd6 6.Fxc6 dxc6 7.dxe5 Cf5 8.Dxd8+ Rxd8
L'arme de Kramnik contre Kasparov en 2000 : les dames disparaissent au 8e coup et les noirs tiennent.
Variante d'échange
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 a6 4.Fxc6 dxc6 5.O-O f6 6.d4 exd4 7.Cxd4 c5 8.Ce2 Dxd1 9.Txd1 Fd7
Les blancs doublent les pions noirs et jouent la finale. Simple à apprendre, redoutable en pratique.
Défense ouverte
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 a6 4.Fa4 Cf6 5.O-O Cxe4 6.d4 b5 7.Fb3 d5 8.dxe5 Fe6 9.c3 Fc5
Les noirs prennent le pion e4 et acceptent une position déséquilibrée mais active.
Pièges à connaître
Piège de l'arche de Noé
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 a6 4.Fa4 d6 5.d4 b5 6.Fb3 Cxd4 7.Cxd4 exd4 8.Dxd4 c5 9.Dd5 Fe6 10.Dc6+ Fd7 11.Dd5 c4
Trois pions noirs construisent une « arche » autour du fou blanc, qui n'a plus aucune case. C'est le piège le plus célèbre de l'espagnole : il rappelle que gagner un pion au prix du développement coûte cher. Le fou b3 est enfermé par les pions a6-b5-c4 et perdu.
S'entraîner sur Partie espagnole (Ruy Lopez) — toutes les ouvertures